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En Bretagne, des pharmaciens adjoints s'organisent pour favoriser l'installation : l'interview du fondateur de l'APAB

le 4 mai 2009 • 2 commentaires • Mots clés : , , ,

Comment faire pour s’installer comme pharmacien titulaire? Vaste question qui mériterait à elle seule chez Supergelule bien plus qu’une note ou deux. Il n’empêche, c’est une problématique qui nous intéresse aussi, et c’est pourquoi que nous vous proposons aujourd’hui de lire l’interview de Damien Chesnel que nous avons réalisée. Pharmacien adjoint, il a fondé en 2008  l’Association des Pharmaciens Adjoints de Bretagne (APAB), qui vise en tout premier lieu à mettre en relation les adjoints bretons épris d’installation afin de leur faciliter l’accès à l’officine. EBE, apport personnel, ouverture des capitaux, petites et grosses officines, SEL, systèmes de financements et autres défis à relever par l’APAB : une interview pas comme les autres autour d’une initiative tout à fait originale.

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Damien, pouvez-vous en quelques mots nous brosser le portrait de l’APAB?

L’Association des Pharmaciens Adjoints de Bretagne (APAB) se propose de tisser un réseau de pharmaciens adjoints. Son objectif principal est de favoriser leur installation en tant que titulaires.
L’APAB compte aujourd’hui 35 adhérents et dispose d’un site web (http://apab.asso-web.com) qui a reçu la visite de plus de 460 internautes en moins de deux mois d’existence.

De qui/quoi est venue l’idée de cette association ?

Fin 2006, un titulaire m’a proposé de m’associer avec lui : le prix demandé, non négociable, impliquait un apport de 300 000€, alors que ma seule épargne était celle que je m’étais constituée en cinq ans de travail… Les mois qui ont suivi ont vu mes projets de création anéantis à leur tour par la Loi de Financement de la Sécurité Sociale (LFSS) 2008.
Quasi-dépourvu de capital, je semblais donc condamné à rester salarié tandis qu’autour de moi, mes amis médecins, kinés, infirmiers et vétérinaires s’installaient les uns après les autres sans la moindre difficulté. La triste réalité d’une profession qui préfère les gros héritages au travail, au courage et à la compétence.
Désemparé, je me suis mis en quête d’un organisme, association ou syndicat qui s’intéresserait de prêt à cette question. Vainement. C’était hallucinant. Des milliers d’adjoints rencontraient les mêmes difficultés, mais chacun de son côté, en silence, comme s’il y avait quelque chose de honteux à ne pas disposer de 150 000 euros quand on travaille depuis cinq ou dix ans.
J’ai donc décidé de leur redonner une voix en lançant un appel aux adjoints du Morbihan, puis de toute la Bretagne. Pour des raisons d’organisation, nous ne pouvions alors viser la France entière. L’APAB a été créée le 21 avril 2008. Elle est dirigée par un Conseil d’administration que je préside.

Quelles sont selon vous les principales difficultés à l’installation rencontrées par le jeune pharmacien?

Le financement est le principal obstacle à l’installation.
Aujourd’hui, le prix des officines est sans rapport avec leur rentabilité. D’après Interfimo, le prix moyen d’un fonds était de 8,7 EBE (excédent brut d’exploitation) en 2008 contre 5,3 EBE en 1998. Cela représente une augmentation de 64% à EBE constant. Or, en 1998, on considérait déjà que les officines étaient chères.
Les professionnels du secteur estiment qu’il faut aujourd’hui disposer d’un apport équivalent à 20 à 30% du prix d’achat pour s’installer dans des conditions correctes. Cela représente déjà, pour de petites officines, entre 100 000 et 150 000 euros. On achète une officine très cher dans l’espoir de la revendre encore plus cher en dépit de la baisse de sa rentabilité. On a manifestement affaire à une sorte de bulle spéculative et chacun sait où cela mène. Les candidats à l’achat doivent en avoir conscience, en dépit du discours des agences de transaction. L’outil de travail est malheureusement devenu un placement financier.
Ce système est clairement soutenu par une loi de répartition géographique protectionniste et par l’arrivée sur le marché des transactions de pharmaciens « investisseurs » dont les moyens sont sans commune mesure avec ceux des adjoints.

Quelles sont vos principales actions?

Nos actions se décomposent en trois axes :
1. Sensibilisation et mobilisation autour de la question financière de la première installation.
2. Recherche de solutions dans le système actuel :
- Inciter les acheteurs à rester raisonnables, donc fermes, dans la négociation du prix dans un marché spéculatif marqué par un décrochement important entre la valeur des fonds et leur rentabilité réelle.
- Eviter les frais d’agences en promouvant les transactions de particulier à particulier
- Renforcer le sentiment confraternel entre titulaires et adjoints, afin que la transmission de l’outil de travail aux générations suivantes devienne aussi importante que la réalisation d’une forte plus-value. Cela existe dans d’autres professions libérales. Des rencontres d’anciens élèves pourraient oeuvrer en ce sens.
- Mettre en place, si cela s’avère possible et avec le concours de professionnels qualifiés, un système de financement solidaire, du type « banque des adjoints ».
3. Proposition d’évolutions du système visant à favoriser la première installation :
- Réformer les règles d’implantation des pharmacies, afin d’inciter les titulaires à s’associer à leurs adjoints tout en continuant à garantir la qualité du maillage officinal et à permettre les regroupements. Cela pourrait passer par le remplacement de la notion de « nombre d’officines par habitant » par celle de « nombre de pharmaciens par habitants ».
- Lutter contre la concentration du capital entre les mains de pharmaciens investisseurs par le biais des SEL.
- Susciter la création, au sein de l’Ordre, d’une instance représentative des jeunes confrères. Celle-ci veillerait en particulier à faciliter leur installation. Elle serait en charge de développer le concept de pharmacie durable, garantissant la pérennité d’un système libéral subordonnant la détention du capital à l’exercice personnel effectif.

Ces propositions sont détaillées dans la lettre ouverte que nous adresserons à l’Ordre dès ce mois de mai.

En pratique, avez-vous des aujourd’hui des résultats en terme de facilitation à l’installation?

Plusieurs titulaires rencontrant des difficultés pour vendre leur officine, le plus souvent de petite taille, nous ont contactés depuis quelques mois. Dans ce cas, l’APAB fait circuler l’information auprès de ses adhérents. A ce jour, je n’ai pas eu de retour sur la conclusion d’une transaction par notre biais. Mais je rappelle que nous n’existons que depuis un an et que nous n’étions que 19 adhérents adjoints avant notre Assemblée générale du 27 avril. Je pense en revanche que la prochaine mise en ligne sur notre site web d’un service d’annonces de particulier à particulier pour la transaction d’officines nous permettra de changer d’échelle. De plus, les principaux résultats de notre action sont attendus à moyen terme, grâce à notre action « politique » et à l’éventuelle mise en place de structures de financement solidaire.

« L’APAB de demain » : avez-vous en tête des idées précises pour l’avenir ?

Evidemment, notre combat a vocation à s’étendre au-delà des frontières de notre région. Notre site web est un premier pas dans cette direction. Mais nous appelons surtout à la création de mouvements comparables dans d’autres secteurs géographiques, afin de gagner en temps et en proximité. Si quelqu’un souhaite s’investir en ce sens, qu’il n’hésite pas à nous contacter (apa.bretagne@yahoo.fr)
Les partenariats que nous recherchons sont directement liés à la mission que nous nous sommes donnée : municipalités dépourvues d’officines, experts comptables, banques et associations d’étudiants en pharmacie en sont un échantillon.
La réussite de ces projets dépendra bien sûr du soutien des adjoints et de l’investissement personnel de quelques-uns dans leur réalisation. J’appelle donc tous les adjoints qui souhaitent s’installer à nous rejoindre ou à nous soutenir, que ce soit par leur adhésion, leur engagement ou plus simplement par un petit mail sympathique.

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JCC juin 16, 2009 à 21 h 18 min

Je partage l’analyse de Damien Chesnel sur l’aspect l’absence de corrélation directe entre le prix de vente et la rentabilité. Mais cela offre de nouvelles perspectives pour les jeunes titulaires.

1 – Vers une approche en terme de rentabilité

Le fait de parler en pourcentage du chiffre d’affaire est un raccourci qui relève de réflexes du 19ème siècle (big is beautiful).

Or, les politiques publiques mises en places tendent à réduire la rentabilité des officines, cela nécessite de se poser la question de la rentabilité de l’officine (multiplicateur d’EBE retraité).

2 – Le pharmacien devra intégrer une approche entrepreneuriale plus forte.

Avec, ce « nouveau » prisme, certaines officines qui n’étaient même pas regardées car leur CA était considéré comme « trop petit », peuvent devenir de véritables pépites, à condition de les analyser de manière adaptée.

En synthèse, le durcissement de l’économie de l’officine et des conditions de financement est, de mon point de vue, une occasion pour les personnes qui portent un projet (projet à valeur ajouté), de réaliser de belles opérations avec un effet de levier intéressant.

Bien que je me méfie de la notion d’âge d’or, on peut résumer l’évolution comme suit :
- Il y a 20 ans, pour une première installation, être un « scientifique » était suffisant
- Aujourd’hui, il faut être gestionnaire et scientifique,
- Demain il vous faudra réunir ces deux qualités et avoir l’âme d’un entrepreneur.

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gelule 34 janvier 26, 2010 à 23 h 23 min

et oui…tout est dit : « Aujourd’hui, il faut être gestionnaire et scientifique »
c’est clef….mais c’est très dur!

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