L’e-santé en 2012, vaste sujet. Utile, moderne, tendance, conflictuel, symbole d’une nouvelle génération de professionnels de santé et de patients qui cherchent à s’approprier un outil dont les limites du champ des possibles restent encore à déterminer. Des idées, il y en a. Beaucoup. Des questionnements aussi, tour à tour fonctionnels, économiques, éthiques, réglementaires, conceptuels.
L’annonce de l’organisation d’un nouvel évènement fin janvier à Paris, conférence sobrement intitulée e-Santé 2012, mieux accompagner les patients et les professionnels de santé, est l’occasion pour nous de poser 5 questions  à Fabrice Deblock, en charge de la manifestation.

Supergélule : La e-santé, vaste sujet : que pensez-vous de la situation française ?

Fabrice Deblock : La France est à la croisée des chemins, à la fois performante sur de nombreux points – systèmes d’information de plus en plus efficaces, campagnes de prévention qui portent leur fruits, télémédecine – mais également soumise à de multiples freins quand il s’agit de changer les choses.

L’exemple du dossier médical personnel (DMP) est à ce titre frappant. Conçu en 2004, il ne passe que maintenant à sa phase de déploiement au plan national, sous l’impulsion de l’ASIP Santé. C’est dire le travail qu’il a fallu réaliser, et qu’il faut encore poursuivre, en termes d’opérabilité des systèmes d’information de santé mais aussi de sensibilisation des différentes parties prenantes.

Quels sont selon vous les grands défis à relever ?

Les enjeux liés à la e-santé sont de taille : répondre au défi que pose le désert médical dans certaines régions françaises, mieux suivre à distance les personnes âgées ou les patients atteints de maladies chroniques, permettre aux professionnels de santé de s’adapter à la révolution digitale et de répondre à la montée en puissance du patient-expert, réinventer la manière dont les laboratoires communiquent avec les médecins et pharmaciens… La liste est longue mais non moins passionnante.

Professionnels de santé et patients-experts font-ils bon ménage ?

Ils sont très complémentaires. Il n’y a donc pas de raison qu’ils ne fassent pas bon ménage. La plupart des patients-experts ne souhaitent pas se substituer à leur médecin ou leur pharmacien mais devenir partenaire du professionnel de santé qui les accompagne.

En mode « recherche », ils sont en quête de compléments d’information pour mieux comprendre ce dont ils souffrent et mieux s’approprier le traitement qu’on leur propose. En mode « expression », via un blog, un forum ou un réseau social spécialisé, ils communiquent leur expérience, leur ressenti. Cette expression de leur vécu est extrêmement riche d’enseignements pour les autres patients et très complémentaire du discours du professionnel de santé qui, lui, concentre son approche sur la « prescription », le protocole, etc.

Ce nouveau comportement du patient-expert peut dérouter certains professionnels de santé jusque-là habitués à une relation « paternelle » alors qu’il s’agit désormais de créer un échange d’adulte à adulte. Mais les choses vont dans le bon sens, une vraie prise de conscience est en train de s’opérer.

Quelle est l’objectif et le format de la conférence ?

L’objectif de la conférence E-santé 2012 du 31 janvier prochain est de proposer en une journée de très nombreux retours d’expérience sur ce thème. Le format est une succession de tables rondes – six au total – et d’intervention d’experts. Les thèmes abordés iront du patient-expert aux enjeux de la m-santé, en passant par l’e-réputation, la communication avec les professionnels de santé, l’Open Data et les défis de la vente en ligne.

A qui s’adresse-t-elle ?

La conférence s’adresse à tous ceux – laboratoires, établissements de soin, institutionnels, médecins, pharmaciens – pour qui Internet et les nouvelles technologies sont un enjeu majeur dans les années qui viennent.

Le site de la conférence

6 commentaires

  1. catherine cerisey

    Bonjour,

    Tout d’abord merci à Supergélule pour cette interview et merci à Fabrice Deblock pour ses passionnantes réponses. En tant que e-patiente totalement investie dans la santé 2.0, je ne peux qu’adhérer à vos réflexions sur les relations patients médecins. Néanmoins, je suis assez surprise qu’aucun « patients experts » ne soient invités dans votre conférence. Est-ce un oubli ou une volonté délibérée ? Comment parler et réfléchir sur les nouvelles données qu’impose internet sans un des acteurs essentiels de cette révolution ? Le web un « enjeu majeur »? C’est certain, il est incontournable et si le patient 2.0, qu’il se nomme ainsi ou pas, y est bien présent, le médecin 2.0 se fait encore très rare. Il me semble qu’inclure les patients dans les discussions sur la santé 2.0 est inéluctable à terme, faute de quoi, l’évolution n’en sera que plus lente. Le patient est au coeur de la santé, comme le dit si bien Denise Silber et les inclure dans les débats ne peut être que bénéfique pour tous qui tendons vers le même but : améliorer la qualité des soins et de la prise en charge… .

  2. Fabrice

    Bonjour,

    Merci pour votre commentaire. Eurordis, fédération d’associations de malades et d’individus actifs dans le domaine des maladies rares, sera représentée lors de la table ronde sur le patient expert.

    Cordialement,

    F. DEBLOCK

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  4. MissLondres

    A la suite de ma lettre, j’ai été moi aussi été contactée et invitée à cette conférence. J’y serais donc en tant qu’auditrice, et c’est effectivement mieux que rien comme le souligne Catherine.

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